Fabrication de la guitare (2 sur 2):


Le processus de construction
1 - La première opération est la préparation des éclisses:


Les éclisses (rabotées à 2 mm) sont humidifiées avant d'être pliées sur un fer à cintrer. Si le palissandre et l'acajou se courbent sans problème, l'érable ondé, en revanche, est extrêmement capricieux et le pliage du pan coupé en particulier demande beaucoup de précautions.

2 - Le manche:

Il est découpé dans un bloc d’acajou ou de cédrat du Honduras. L’épaisseur supplémentaire de bois demandée par le talon et le tasseau supérieur peut être faite de couches de bois rajoutées et contrecollées. On façonne et on finit le tasseau, mais le plus souvent on laisse le manche brut jusqu’à ce qu’il soit fixé sur la caisse. Le manche est habituellement fait d’une seule pièce, mais Ramerez a introduit une pratique différente, qui a depuis été adoptée par plusieurs autres luthiers : ses manches sont faits d’une fine tranche centrale d’ébène (qui est une précaution supplémentaire contre le gauchissement) prise en sandwich entre deux tranches de bois.

3 - La tête de la guitare:
Elle est souvent découpée dans la même pièce de bois que le manche, et rapportée par un joint en sifflet, calculé pour donner à la tête la bonne inclinaison par rapport au manche. A la place du joint en sifflet, on utilise parfois une enture en V, qui a l’avantage d’être un assemblage par compression, par opposition à une jointure par contact. Mais elle est difficile à réaliser, et la résistance accrue des colles modernes l’a fait tomber dans une désuétude croissante.

On peut maintenant procéder à la mise en forme de la tête, à la pose de son placage et à sa préparation en vue de la pose des mécaniques.

La découpe du haut de la tête (et parfois la sculpture de sa face avant) est une caractéristique particulière qui permet de déceler l’origine de la guitare. Chaque luthier possède sa découpe personnelle qui, même s’il en change parfois, est sa signature au même titre que son nom sur l’étiquette.

Une fois le manche préparé, le luthier peut se consacrer à la table et au dos.

4 - La table et le dos:
D’ordinaire, on les travaille plus ou moins en même temps, de façon à pouvoir assortir leurs caractéristiques de résonance. Deux fines planches aux dessins symétriques, dont les chants ont été parfaitement dressés et poncés, sont collées l’une contre l’autre. Le dos reçoit ses filets centraux.

Après collage, la table est rabotée jusqu’à une épaisseur approchant de sa cote définitive. On peut maintenant placer la rosace.

Une fois la rosace insérée, le luthier découpe la table à sa forme, la rabote et la racle à son épaisseur définitive et place le barrage.

C’est là une étape déterminante pour le résultat final. Le but est de construire une guitare qui n’ait pas seulement un timbre d’une certaine qualité, mais aussi une longueur de son égale sur toute l’étendue du registre. Elle doit avoir une réponse dans les basses et dans les aiguës qui soit équilibrée, et dans l’idéal, chaque note devrait avoir le même volume sonore. Comme tout objet qui résonne, une table de guitare possède ses propres caractéristiques naturelles de résonance. Le luthier doit veiller à ce qu’elles ne dominent pas et à ce qu’elles ne colorent point l’étendue du registre.

Outre l’épaisseur de la table, les paramètres dont il doit tenir compte sont le nombre, la disposition, la taille et l’épaisseur des barres de l’éventail. Le nombre des combinaisons possibles est énorme, ainsi qu’en témoignent les divers types de barrage que l’on trouve aujourd’hui sur les bonnes guitares.

En même temps qu’il met en forme les barres d’harmonie, le luthier accorde la table de façon définitive, en en vérifiant constamment les caractéristiques de résonance. Les différents luthiers ont pour cela différentes méthodes : certains d’entre eux accordent la table selon une note spécifique (que l’on peut entendre en tapotant la table, ou en frottant un archet de violon sur sa tranche) ; d’autres écoutent les combinaisons d’harmoniques, d’autres encore ont des méthodes moins précises, mais savent quand cela sonne « comme il faut ».

Le dos, accordé avec la table selon les mêmes procédés, possède trois barres transversales et un filet central recouvrant le joint d’assemblage de ses deux moitiés. La relation à établir entre la table et le dos suscite des opinions variées. David Rubio, par exemple, accorde le dos un demi-ton plus bas que la table. D’autres ne l’accordent pas selon une note spécifique. Le but final est d’obtenir une table et un fond acoustiquement compatibles et qui permettront à la guitare de produire un son clair.

Une fois la table et le fond terminés, on procède au collage du manche et de la caisse. On peut par exemple coller en premier lieu le manche sur la table (toujours fixée sur l’établi), puis assembler les éclisses. On peut aussi coller d’abord les éclisses dans les fentes pratiquées entre le talon du manche et le tasseau supérieur, et coller ensuite la table sur cet ensemble.

Une fois le manche, la table et les éclisses assemblés (et toujours fixés sur l’établi), on colle le dos à sa place avant d’en tailler les contours aux bonnes dimensions.

Après l’assemblage de la caisse, le luthier peut incruster les filets de bordure à la jointure de la table et des éclisses, et à celle des éclisses et du dos. Les filets, qui sont de longues bandes de placage de bois dur, ajoutent énormément à beauté visuelle de la guitare. Ils servent aussi à sceller les extrémités du fil du bois des éclisses, de la table et du fond, et empêchent la pénétration des moisissures contenues dans l’air ambiant.

Maintenant que la caisse de l’instrument est achevée, l’attention se concentre sur le manche et sur la touche.

5 - La touche:

La touche est un élément plus complexe qu’il n’en a l’air. II faut la mettre en place, repérer et pratiquer les rainures destinées à recevoir les barrettes, et poser ces dernières.

L’étape suivante est la pose des barrettes. Le luthier doit savoir déterminer la position des barrettes et les mettre en place avec une grande précision, de façon à ce que la guitare soit juste à toutes les cases. L’échelle musicale dont nous nous servons maintenant est à tempérament égal : l’octave est divisée en douze demi-tons parfaitement égaux. Le calcul de la position des barrettes nécessite quelques connaissances mathématiques de base.

On pratique tout d’abord les rainures dans la touche à l’aide d’une scie très fine. Ces incisions doivent être de la largeur et de la profondeur exactes permettant, une fois que la barrette a été enfoncée au marteau dans son logement, que son pied soit entièrement encastré et que le bois enserre fermement les picots. C’est une mise en place à force, sans colle.

Maintenant que les barrettes sont posées, le luthier va pouvoir terminer le manche et mettre à leur place les sillets de tête et de chevalet. Le manche et le talon sont sculptés au ciseau et à la plane.

Le chevalet de la guitare classique est taillé dans un bloc rectangulaire de palissandre.

Les sillets de tête et de chevalet sont tous deux faits d’os ou d’ivoire.

6 - Pour finir, il faut vernir la guitare:
On peut utiliser plusieurs types de vernis : vernis au tampon, vernis à l’huile, à l’alcool, ou laques. Les meilleures guitares reçoivent traditionnellement un vernis au tampon, très beau, durable et sans contre-indications acoustiques, mais au mode d’application lent et difficile.

Une fois le vernis durci, sec et poli, on peut monter sur la guitare les mécaniques et les cordes.

La guitare est enfin terminée. Sa construction, du moins, est achevée, car les instruments neufs mettent du temps à révéler toutes leurs qualités.